Comme le Kintsugi japonais, où les fissures des objets sont réparées avec de l’or, le fil, dans cette nouvelle série autour du paysage, raccommode le monde naturel, déjà magnifique mais parfois blessé.
Avec chaque point, je cherche à rassembler, à réparer, à repriser la beauté et le silence de la nature en détresse, qu’il s’agisse de cicatrices visibles ou invisibles.

J’ai ressenti le besoin de peindre des paysages et de coudre, dans le tissu même de la toile, des fils qui surlignent la construction graphique de l’œuvre et permettent une forme de réparation, une résurrection.
Les fils donnent vie aux paysages et expriment des sentiments de protection, de guérison, de préservation. Ils tracent des lignes, des frontières, des liens entre l’espace de la toile et le monde extérieur ; ils créent un réseau, une trame, une peau qui recouvrent le paysage à certains endroits, qui le maintiennent en vie.
La technique mixte que j’emploie ne se contente pas de donner texture et relief, c’est un champ d’expression à part entière offrant un nouveau vocabulaire graphique.

Le fil tendu devient le liant entre la toile et la nature, une invitation à parcourir les paysages non seulement par le regard, mais aussi par le toucher.
Il ne fait pas qu’ajouter de la matière, il entre dans la structure même de l’œuvre ; il trace des lignes de force et de douceur, mettant en valeur les courbes de l’eau, des arbres et des plantes, mais aussi les silences, les fragilités, les mémoires.
Le fil est porteur d’émotions, d’intentions. Il traverse la toile comme un trait de lumière, une vague d’émotions et donne une nouvelle profondeur au paysage. Les formes sont mises en valeur par sa présence.
Le fil devient la couture de l’âme du paysage, lui offrant une unité nouvelle.

Murmures de paysages est une nouvelle série picturale débutée dans la deuxième partie de l’année 2024.
Comme un déclic… un appel de la nature, presque une urgence à m’y plonger, à l’observer davantage, à la scruter, comme si, soudain, j’avais pris conscience de sa fragilité.

Peindre en plein air est un acte d’écoute, de présence, un moment suspendu où l’air, les sons, les sensations se mêlent.
Le vent se lève et, tout autour de moi, la nature semble respirer, onduler, s’agiter. Chaque insecte qui traverse la toile, chaque brise qui la frôle, chaque nuage qui s’accroche au ciel, chaque rayon de lumière qui rase le sol, tous ces mouvements deviennent des fils invisibles, des ponts que je tisse entre la nature et mon œuvre.
Les fils cousus sont les témoins de cette fugacité, de cette impression que le monde change sans cesse, la peinture et la couture inscrivent ces sensations dans l’éternité de la toile.
Chaque fil cousu sur la toile est un acte de mémoire, un acte de résistance face à l’effacement du temps.